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Diplomatie – Inquiétudes à l’avant-veille de la présidence slovène de l’UE 

Publié29 juin 2021, 08:28

C’est la deuxième fois que l’Etat alpin de deux millions d’habitants occupe cette position. Mais son président Janez Jansa, 62 ans, est jugé trop conciliant avec la Hongrie liberticide.

Le premier ministre slovène Janez Jansa.

AFP

Le Premier ministre slovène Janez Jansa prend jeudi le relais du Portugal à la présidence tournante de l’UE, mais ses démêlés avec Bruxelles sur l’Etat de droit, la coopération avec le parquet européen et la liberté de la presse soulèvent des inquiétudes.

C’est la deuxième fois que l’Etat alpin de deux millions d’habitants occupe cette position, mais l’atmosphère est tout autre aujourd’hui.

En 2008, la Slovénie faisait figure d’élève modèle de l’Europe et la présidence était célébrée comme un jalon sur la route de l’indépendance pour ce pays issu de l’ex-Yougoslavie.

Le dirigeant conservateur Jansa était déjà à sa tête. Depuis, il a pris ses distances à l’égard des valeurs libérales et ses détracteurs l’accusent de copier le style autoritaire de son allié souverainiste Viktor Orban.

«Identités nationales»

Parmi les priorités affichées pour les six mois à venir, la Slovénie tiendra à l’automne un sommet sur l’intégration des Balkans occidentaux.

Elle espère aussi «fortifier la résistance de l’UE» face à la pandémie de Covid-19, au moment où les pays s’apprêtent à recevoir les 750 milliards d’euros prévus par Bruxelles pour relancer l’économie.

Mais l’attention se focalisera sur un autre point de son programme: la Slovénie promet en effet de «renforcer l’Etat de droit et les valeurs européennes», un sujet qui divise au sein des 27.

Lors d’un sommet la semaine dernière, Janez Jansa s’est gardé d’accabler son homologue Viktor Orban, sous le feu des critiques pour une loi jugée homophobe.

Il a appelé à éviter «de nouvelles divisions inutiles», tandis que sur le site officiel de la présidence, il prône le respect des «identités nationales», en écho au discours du Premier ministre hongrois.

Dans la même veine, le dirigeant de 62 ans a rencontré la cheffe du parti d’extrême droite Frères d’Italie, Giorgia Meloni, tout comme le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, habitué des bras de fer avec l’UE.

«Tensions constantes»

Les escarmouches ont été nombreuses avec la Commission depuis le retour au pouvoir de Janez Jansa, en mars 2020.

Ignorant les rappels à l’ordre, il a multiplié les attaques contre les journalistes et privé de dotation publique l’agence de presse nationale STA, qualifiée de «honte nationale» pour son ton jugé trop critique.

En mars, il avait coupé court à une visioconférence avec des eurodéputés consacrée à la situation de la presse dans son pays, s’estimant victime de «censure».

Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé son «mépris» pour la liberté de la presse.

«Nous sommes préoccupés par le risque que le gouvernement slovène profite de cette présidence pour entraver les efforts visant à renforcer la liberté des médias en Europe», écrit l’ONG dans un communiqué, appelant les autres Etats membres à «la vigilance».

Le dirigeant a par ailleurs refusé de désigner deux procureurs délégués au parquet européen, nouvelle instance de lutte contre la fraude. Sa cheffe a fustigé en retour «un manque manifeste de coopération».

«Ce sont des choses qui nous inquiètent», commente l’eurodéputée française Gwendoline Delbos-Corfield (groupe des Verts), rapporteure sur la Hongrie au Parlement européen, notant «les proximités très fortes entre le Premier ministre slovène et Viktor Orban».

«Ce n’est pas simple de savoir comment la présidence slovène va aborder la question» du suivi de la procédure de l’article 7 enclenchée en 2018 contre Budapest pour «risque de violation grave des valeurs de l’UE», dit-elle à l’AFP, notant des «échos contradictoires» à ce sujet.

Une chose est sûre, pour Uros Esih, chroniqueur du quotidien Delo: «il y aura des tensions constantes entre la présidence slovène, ses propositions et les institutions européennes».

En réponse aux critiques, Janez Jansa s’est fendu de tweets virulents.

«Nous ne devons rien à l’UE. Nous nous sommes battus pour notre liberté et la démocratie il y a 30 ans», a même lancé celui qui est parfois surnommé «Maréchal Twitto».

La Slovène Violeta Bulc, ancienne commissaire européenne, redoute que la présidence se solde par un bilan bien maigre ou par un «scandale», selon des propos publiés lundi par le magazine Reporter.

A moins que le gouvernement Jansa soit renversé avant, fait-elle remarquer, alors qu’il a dû affronter plusieurs motions de défiance et que perdure la fronde dans la rue: des milliers de personnes ont encore demandé vendredi sa démission.

(AFPE)

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