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malgré l’interdiction, des collégiens passent le brevet en basque

FOCUS – Malgré les consignes du rectorat, 200 élèves du Pays basque rendront leur copie en langue régionale lors de l’épreuve de sciences du brevet des collèges.

Deux heures avant le début de l’épreuve de sciences du brevet, le ton relève plus du défi que de l’anxiété : «J’écrirai en basque, et tant pis si je dois avoir zéro ! lance Otxanda, 14 ans. Si on renonce à écrire en basque, il finira par disparaître. Il faut penser aux élèves des années futures.» Comme 200 autres élèves scolarisés dans les écoles immersives du Pays basque, les troisièmes du collège Larceveau ont décidé de rendre leur copie en langue régionale, en dépit des consignes du rectorat qui oppose son refus depuis deux ans. «J’ai d’abord pensé écrire en Français, car je n’ai déjà pas de très bonnes notes. Mais c’est pour la bonne cause», affirme Kattalin, 14 ans, depuis la cour de récréation.

Depuis 2018, l’épreuve de science cristallise tout le débat autour des écoles immersives dans la région. Si l’article L121-3 du Code de l’éducation consacre le français comme la langue de référence pour l’enseignement, les examens et les concours, une circulaire de 2017 autorise les élèves à composer l’histoire-géo en basque, tout comme les maths. Mais lorsque la science a été ajoutée au programme, en 2018, l’exception pour la langue régionale n’a pas été accordée. «Le rectorat a demandé qu’elle soit composée en français, sans plus d’explications», s’agace Peio Jorajuria, président de la fédération Seaska, le réseau des ikastolas, les écoles basques. «L’an dernier, ils ont trié les copies et se sont assurés que celles rédigées en basque soient distribuées à des correcteurs non bascophones. La moyenne oscillait entre 1 et 2 sur 20», raconte-t-il.

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Cours en basque, examens en français

«Absurde et Injuste», pour le professeur de physique chimie Eñaut Elosegi. «Toute l’année, j’enseigne en basque. Les élèves préparent le programme dans cette langue, et on leur demande, le jour de l’examen, de basculer en français. Cela peut créer des difficultés supplémentaires pour certains élèves.» Cela inquiète notamment Elaia, une élève de troisième : «J’ai tout appris en basque, j’ai travaillé toute l’année dans cette langue. Je n’allais pas retraduire tous mes cours». Un père d’élève scolarisé dans un établissement immersif tire les mêmes conclusions : «Certaines formules de sciences sont techniques. J’ai remarqué que mon fils avait parfois du mal, en mathématiques, à passer de l’euskera au français.»

Malgré des manifestations à répétition organisées depuis le 19 mai, le rectorat a fermement rappelé à la Fédération Seaska que «le cadre administratif qui régit cette question reste inchangé». Une question de principe, à en croire Peio Jorajuria : «Il y a un acharnement autour de cette épreuve de science. D’un point de vue technique, nous aurions un nombre largement suffisant de professeurs bascophones pour corriger cette épreuve.»

Eviter que le basque soit majoritaire

«Avec la science, la moitié des épreuves écrites du brevet sont en français. L’Éducation nationale ne veut pas voir le basque devenir la langue principale, même dans une école immersive», analyse Eñaut Elosegi. Dans un entretien à Ouest-France , Jean-Michel Blanquer avait indiqué craindre que «l’enseignement immersif sans limite (puisse) poser problème.» Fin mai, le Conseil Constitutionnel avait retoqué la proposition de loi dite Molac, qui visait à promouvoir les langues régionales, pourtant adoptée par le Parlement le 8 avril, en censurant notamment l’enseignement immersif des langues et l’utilisation de l’utilisation de signes diacritiques comme le tilde (~) dans les actes de l’état civil.

Dans ce contexte, les examens constituent un point de crispation entre les écoles immersives et l’Éducation nationale. Quarante élèves d’un lycée de Bayonne avaient déjà désobéi, mi-juin, en rédigeant leur épreuve de philosophie en langue basque. «Les examens ont une forte portée symbolique pour les élèves et les professeurs, car elles représentent l’aboutissement d’une scolarité suivie en langue régionale», analyse Olivier Mioque, responsable du pôle transmission au sein de l’Office public de la langue basque. «La transmission familiale et générationnelle est de plus en plus rare. Peu de personnes chez les 30-60 ans ont reçu une éducation en basque. L’école est le dernier lien pour faire vivre la langue chez la nouvelle génération», poursuit-il. Les membres de la Fédération Seaska ont appelé à manifester le 1er juillet à Saint-Palais.

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