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Une table ronde sur les essais nucléaires en Polynésie

FOCUS – Jusqu’à ce vendredi 2 juillet, une table ronde rassemble le gouvernement, des associations et des élus sur le thème des conséquences de ces essais. Le sujet avait été remis sur la table en mars après la publication d’une vaste enquête sur de supposés mensonges d’État.

«Il n’y a pas eu de mensonge d’État». La ministre Geneviève Darrieusseq a refusé les accusations concernant les essais nucléaires menés par la France dans le Pacifique entre 1966 et 1996. Plusieurs associations et élus accusent l’État d’avoir caché les chiffres réels des retombées radioactives des essais nucléaires. En marge de la table ronde consacrée à la question, la ministre a refusé de présenter les excuses de la France. Une demande de pardon exigée par le député indépendantiste polynésien Moetai Brotherson.

Cette table ronde se double d’une réunion présidée par le ministre de la Santé, Olivier Véran, dédiée aux effets sur le territoire. Les associations, élus et chercheurs demandent un accès plus large au dispositif d’indemnisation, et un accès simplifié aux archives militaires.

De 1966 à 1996, la France a mené des essais nucléaires dans l’océan Pacifique, au large de la Polynésie française. La Polynésie présente alors de nombreux atouts : éloignée et désertique, elle a une faible densité de population (moins de 2300 habitants dans un rayon de 500 km et moins de 5000 dans un rayon de 1000 km). En 1964, l’Assemblée territoriale de Polynésie cède gratuitement à l’État français les atolls – île pacifique composée d’une barrière de corail entourant une dépression ennoyée – de Moruroa et Fangataufa, déjà occupé par l’armée. Ces deux atolls sont d’abord classés «terrain militaire» en 1964 puis «zones protégées de défense nationale».

Le 2 juillet 1966 a lieu «Aldébaran», le premier essai nucléaire sur l’atoll de Morura. Deux ans plus tard, le 24 août 1968, a lieu «Canopus», le premier essai d’une bombe H sur l’atoll de Fangataufa. Au total, 193 essais nucléaires aériens ont été réalisés en Polynésie.

  • Quelles sont les accusations ?

Les conséquences de ces essais ont été longtemps mal évaluées. En 2021, une enquête menée par Disclose, en partenariat avec l’université de Princeton, affirme que les essais ont en réalité touché un territoire grand comme le continent européen et 110.000 habitants.

L’enquête accuse par exemple la France d’avoir su que les vents n’étaient pas favorables au premier essai de 1966, effectué à Morura. Un bulletin météo rédigé trois heures avant l’explosion indiquait que le vent soufflait vers le sud-est et pousserait les particules radioactives vers les îles Gambier, situées à 424 kilomètres de là, et peuplées de 450 habitants.

Les conséquences sont un taux anormal de cancers de la typhoïde dans la population, soulignée en février 2020 par un rapport demandé par le gouvernement local de la Polynésie française.

L’enquête accuse aussi l’essai de 1971, baptisé «Encelade», d’avoir contaminé les réservoirs d’eau potable de particules radioactives. La nuit suivant l’essai nucléaire sur l’atoll de Tureia, dans l’archipel des Tuamotou, une pluie chargée de ces particules est en effet tombé sur l’île de Tureia.

Le danger est alors bien identifié, car le Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) publie des cartes de la contamination, qui ne seront jamais communiquées à la population.

  • Quelle est la position de la France ?

La France reconnaît de fait sa responsabilité dans l’apparition de maladies à la suite de ces essais nucléaires. Le Comité d’Indemnisation des Victimes d’Essais Nucléaires (CIVEN) est l’organisme chargé des indemnisations.

Une personne est reconnue comme victime quand elle a reçu une dose de radioactivité supérieure à 1 millisievert (mSv) par an. 454 victimes étaient dédommagées en novembre 2019, tandis qu’un rapport récent du ministère polynésien de la Santé avance, lui, le chiffre de 10.000 victimes pouvant demander compensation. Une évaluation dix fois inférieure à celle avancée par Disclose.

Le ministre de l’Outre-mer, Sébastien Lecornu, a reconnu en mai que «les questions [étaient] encore nombreuses sur l’impact de ces essais nucléaires sur certaines îles». «Nous n’avons absolument pas peur de la vérité, au contraire, nous la voulons et surtout nous souhaitons assumer», déclarait-il.

Pour l’historien Jean-Marc Regnault, auteur notamment d’un ouvrage intitulé Le nucléaire en Océanie, interrogé par Radio1, la France est plutôt dans une logique de reconnaissance, mais pour des raisons géopolitiques. «La France tenant tellement à avoir des bases en Océanie pour contrer la Chine, il me semble qu’elle va céder sur un certain nombre de points, en reconnaissant, et en promettant des compensations supplémentaires», explique-t-il. En clair, «ce ne sont pas les revendications des Polynésiens qui vont faire changer l’opinion d’Emmanuel Macron, c’est la nécessité de l’Indo-Pacifique». Signe de l’importance que l’État accorde à la région, Emmanuel Macron doit se rendre en Polynésie le 25 juillet prochain.

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