lundi, septembre 26, 2022
AccueilÀ la uneEuro 2020 - Bucarest, là où l'Euro n'est pas tout à fait...

Euro 2020 – Bucarest, là où l’Euro n’est pas tout à fait le bienvenu

Publié28 juin 2021, 16:16

Dans la capitale de la Roumanie, les stickers et les tags «UEFA Mafia» sont légion. On est allé essayer de comprendre le phénomène.

Le centre-ville de Bucarest.

DR

Depuis le début de l’Euro, on a un peu l’impression qu’à force d’avoir voulu être partout, ce championnat d’Europe éclaté dans onze villes différentes est un peu nulle part. Les supporters sont très embêtés pour voyager à cause de la pandémie qui ne les lâche pas, les restrictions sanitaires ne sont pas simples à gérer et on sent bien que cette compétition n’a pas vraiment été pensée pour les fans.

A Bakou, les Helvètes n’étaient peut-être qu’un demi-millier. Ils ont en revanche envahi – et été très déçu – Rome et ça avait fait du bien. Ce lundi, ils seront environ 7 ou 800 dans l’Arène Nationale de Bucarest, après avoir bien profité de son centre-ville la veille, même si les restaurants et les bars devaient fermer à minuit et que, cette fois, la présence policière s’est bien faite sentir. Il y a quand même eu quelques concours de chants entre Français et Helvètes, rassurez-vous.

DR

Nous, pendant que les pintes d’Ursus s’éclusaient à vitesse grand V dans la Rue Lipscani, on est allé dans un pub irlandais – sans Guinness, il y a pénurie dans tout le pays à cause du Covid, nous a dit le serveur! – un bout plus loin, à la rencontre d’Ultras locaux, qui ont créé il y a 18 ans le groupe «Honor e Patria», qui suit l’équipe de Roumanie de football à travers l’Europe. Le but: comprendre comment et pourquoi les murs de la ville étaient recouverts de centaines d’autocollants «UEFA Mafia».

La glace y aura vite été brisée, puisque certains de nos interlocuteurs ont visité la Suisse il y a sept ans et en gardent un souvenir, comment dire… plutôt mitigé. Ils avaient fait le déplacement d’Yverdon-les-Bains, car un match amical entre la Roumanie et l’Albanie y avait été organisé, le 31 mai 2014. Les Ultras roumains avaient fait le déplacement, se sont retrouvés emmenés sur un parking de la périphérie de la cité nord-vaudoise par la police pour une banderole (en roumain) qui n’a pas plu à la maréchaussée et n’avaient pas pu voir une seconde du match… Au bout d’un voyage de 4000 km aller et retour, ça peut énerver

DR

Cette histoire de banderole peut résumer pas mal de choses de l’engagement de ce groupe farouchement anticommuniste (tu m’étonnes, vu l’histoire locale…). Ils prônent la liberté d’expression absolue, ce qui ne plaît que peu à certains présidents de clubs, de fédérations ou à une certaine Union européenne de football association. Les Ultras de la Tricolorii regrettent aussi ce qu’ils appellent les «fans en plastique», bien davantage spectateurs que supporters.

Les hommes et les femmes de «Honor e Patria» ont des idées politiques et ils affirment qu’une enceinte sportive, censée être un endroit public, devrait permettre de faire passer des messages et ils en sont privés. Ils trouvent que l’UEFA elle-même, et encore récemment lors de la passe d’armes entre Allemands et Hongrois par exemple, a fait de la politique. Une différence de traitement qui les horripilent.

Le championnat d’Europe a organisé quatre rencontres à Bucarest, mais l’équipe nationale locale n’a pas réussi à passer le cap des qualifications. La cité bucarestoise n’a en prime pas eu de chance au tirage, puisque avant ce Suisse-France, elle n’a eu droit «qu’à» des affiches avec l’Autriche, la Macédoine du Nord et l’Ukraine. Ils ont donc souhaité profiter du passage de l’Euro 2020 dans leur capitale pour marquer le coup, ont imprimé 30’000 stickers pour faire connaître leur courroux contre l’UEFA et ont tagué de nombreux murs de la cité.

DR

«Nous sommes opposés à cet Euro dispatché dans onze pays et l’idée que nous avons dû accueillir une poule qui ne contenait pas l’équipe nationale de Roumanie ne passe pas. L’UEFA, qui crache régulièrement sur les libertés des vrais acteurs des tribunes et utilise une justice à deux vitesses par rapport à l’Europe de l’Est n’est pas la bienvenue», ajoute Alexandre Lazar, fondateur du nécessaire @FootRoumain, sur Twitter.

Le passage de l’Ukraine par la case Arène nationale également a été prise comme un petit camouflet par certaines personnes: «C’est vrai, la venue de l’équipe ukrainienne, issue d’un pays qui ne respecte pas les droits de la minorité roumaine et avec lequel il existe un petit passif historique, a occasionné une certaine gêne», a ajouté celui qui permet à ses presque 2000 followers de ne rien louper du si spécial football roumain.

Aucune partie du premier tour n’a fait le plein à Bucarest depuis le début de l’Euro, alors que la jauge de spectateurs était fixée à 25% du stade. Lundi, entre la Suisse et la France, 50% des places du stade pourront être occupées et on devrait être très proche d’un premier «guichets fermés». 26’900 personnes devraient garnir les travées, dont environ 2500 fans venus de Suisse et de France.

Dernières critiques