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Cyclisme – Commentaire: une désagréable sensation de déjà-vu

Publié15 juillet 2021, 16:31

Mercredi, la police française a perquisitionné l’hôtel de Bahrain Victorious, à Pau, à la recherche de produits dopants. Entre questions autour d’un maillot jaune et activités judiciaires, on a l’impression que l’histoire se répète.

parPatrick Oberli

(Luz Ardiden)

Wout Poels, maillot de meilleur grimpeur du Tour de France, avant le départ de la 18e étape, jeudi. La veille, la police française a perquisitionné l’hôtel de son équipe Bahrain Victorious, à Pau.

AFP

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Wout Poels, maillot de meilleur grimpeur du Tour de France sur le dos, n’a pas été traumatisé. Dès les premiers kilomètres de la 18e étape, le Néerlandais a tenté de sortir du peloton. Comme si de rien n’était. Comme si la police française n’avait pas débarqué, mercredi soir à Pau, dans l’hôtel de son équipe Bahreïn Victorius, pour une perquisition «poussée», comme l’a révélé le site cyclingnews.

Évidemment, à ce moment de la procédure, le parquet de Marseille, qui a confirmé l’information, indique que tout le monde est présumé innocent. Néanmoins, le fait est qu’une enquête préliminaire a été ouverte dès le 3 juillet contre l’équipe du Moyen-Orient. Motif: «Acquisition, transport, détention, importation d’une substance ou une méthode interdite aux fins d’usage par un sportif sans justification médicale». Dans ce Tour 2021, ce fait divers vient s’ajouter aux questions qu’ont provoquées les performances phénoménales de Tadej Pogacar, maillot jaune depuis 11 jours et leader de l’équipe UAE Emirates.

Alors oui, à ce stade, tout le monde est présumé innocent. Mais cette présomption ne peut masquer le malaise, le doute ou la suspicion. Surtout en cyclisme, qui est un sport d’émotions par excellence et de dépassement de soi extrême. Et sur ce point-là, ce Tour 2021 rappelle avec insistance les «Tours du renouveau» qui ont suivi l’affaire Festina, en 1998.

C’était il y a plus de vingt ans, une période que ni Tadej Pogacar, 22 ans, ni Jonas Vingegaard, ni la quasi-totalité du peloton, n’ont vécue avec conscience. À cette époque également, on brandissait la présomption d’innocence. Le public scotché aux écrans TV hésitait à y croire à chaque fois que Lance Armstrong était attendu pour une démonstration. Le mimétisme dépasse même l’ambiance ou les sensations. Elle est également visuelle: mêmes victoires avec le maillot jaune, même capacité à cacher sa souffrance, même rythme de pédalage. Et auditive. En effet, à l’époque, Lance Armstrong ancrait sa bonne foi dans le fait qu’il avait souffert d’un cancer pour réfuter toute prise de produits dopants. Cette année, Tadej Pogacar explique qu’il est un garçon de bonne famille pour se dédouaner de la suspicion. À chaque fois, la tentation est grande de leur accorder le bon Dieu sans confession.

Plus d’une dizaine d’années ont été nécessaires pour que l’ex-champion américain n’avoue sa supercherie et son dopage systématique. «Cocufié», le monde du vélo l’a biffé de tous les palmarès. Désormais, on hésite à prononcer son patronyme, de peur d’attirer le mauvais œil. Et aussi préserver l’image de la nouvelle génération, dans l’espoir qu’elle arrive à recréer l’enthousiasme qui s’était envolé et qui n’est jamais totalement revenu. C’est une manière de faire. La bonne? Cela se discute. Car si l’ombre d’Armstrong et des autres «héros maudits» de cette époque continuait de planer sur la caravane autrement que dans les encadrements discrets d’équipes aux origines toujours plus diverses, peut-être que le cyclisme pourrait affirmer qu’il a appris de son histoire, aussi de ses mauvaises passes. Avec la perquisition de Pau, dans les affaires d’une équipe qui épate depuis deux mois en alignant les victoires, on a un nouvel indice que les symptômes de son amnésie sont toujours présents.

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