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Euro 2020 – Le même plan contre l’Espagne? Gare à l’erreur

Publié1 juillet 2021, 22:06

L’équipe de Suisse doit-elle s’inspirer de sa qualification contre la France en vue du quart de finale de vendredi? Avec des adversaires différents, il y a un risque.

Contre l’Espagne, Vladimir Petkovic va devoir probablement adapter son approche.

AFP

Après ça, on peut mourir tranquille? Non. Pour l’équipe de Suisse, se qualifier pour les quarts de finale ne doit pas être un aboutissement. Un sentiment de puissance a traversé le pays depuis la qualification contre la France aux tirs au but lundi soir. Au point de négliger l’Espagne, sur la base de ce qui a été réussi à Bucarest? Ce serait l’erreur suprême. La Suisse a certes battu le dernier champion du monde, mais son prochain adversaire peut être encore plus compliqué à manier.

Voilà donc l’Espagne qui se présentera vendredi à Saint-Pétersbourg. Une Espagne que la Suisse connaît bien: elle l’a jouée deux fois à l’automne, en Ligue des nations. Une défaite 1-0 à Madrid, un match nul 1-1 à Bâle. Avec une constante à chaque fois: l’équipe de Vladimir Petkovic, malgré toutes ses bonnes intentions, n’a pas eu le ballon. Du moins, la majorité du temps: 40% en Espagne, moins de 30% à Bâle. L’équipe nationale n’a pas encore le calibre pour conserver la possession face à un adversaire réputé. Même contre la France, qui ne tient pas à avoir la balle, elle l’a moins eue. Elle ne l’aura donc pas contre une Espagne qui n’a jamais laissé cet avantage-là depuis un match amical contre l’Argentine en mars 2018.

Cela ne veut pas dire que la Suisse n’existera pas. Mais simplement qu’elle devra être en phase défensive plus de 50% du temps. Et qu’il faudra donc trouver la bonne manière de le faire. D’autant plus que les dernières sorties de cette équipe ont révélé une passivité certaine lorsqu’elle laisse l’adversaire la manœuvrer. Autrement dit, qu’importe la hauteur de bloc qu’elle choisit d’opposer, elle finit toujours par reculer. Et jamais par remonter, alors que les possessions adverses (notamment les passes en retrait) pourraient l’inviter à le faire. Il faut s’attendre à ce qu’Akanji et ses coéquipiers défendent régulièrement devant leur surface. Il s’agira donc de choisir la hauteur de départ, pour limiter ces séquences. Contre la France, il s’agissait d’un bloc médian. Faut-il faire de même contre l’Espagne? Pas sûr.

L’Espagne et sa menace de l’intérieur

L’Espagne n’est pas la France. Autrement dit, la Roja n’attaque pas de la même manière que les Bleus. Il s’agit de s’y préparer. Là où la bande à Deschamps avait tendance à souvent contourner le bloc suisse, celle de Luis Enrique a pour habitude et pour principes de passer par l’intérieur du jeu. Un secteur que la Suisse avait bien bloqué lundi, mais qui n’est pas imperméable face à une équipe qui maîtrise des mouvements qui permettent de pénétrer l’axe.

La «carte de chaleur» de l’Espagne, où l’axe du terrain est globalement très exploité.

WhoScored.com

La Suisse devra s’attendre à ce que le 4-3-3 espagnol soit très actif entre les lignes. L’équipe de Petkovic ne joue certes pas dans le même système que la Croatie (qui défendait en 4-1-4-1 lors de son élimination contre l’Espagne), mais cela ne veut pas dire que les espaces dans le dos des milieux de terrain ne vont pas être cherchés. Pedri, le jeune joueur de Barcelone, est par exemple hyperactif dans ces zones. Il cherche constamment des lignes de passes et se régale dès que l’adversaire perd en compacité. Sa relation technique avec les défenseurs centraux (Laporte, notamment) et Sergio Busquets en fait des circuits qui fonctionnent côté espagnol.

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19e: Busquets trouve Pedri derrière les milieux croates.

Cela débouche sur une occasion espagnole, avec Ferran Torres servi dans la largeur, qui peut centrer pour Morata.

64e: Laporte trouve Pedri dans le dos de Modric. Le défenseur central n’ose pas sortir sur lui.

Ainsi, que la Croatie ait opposé un bloc médian ou un bloc bas, l’Espagne a très souvent trouvé des passes à l’intérieur du jeu. Cela est renforcé par une approche très positionnelle du jeu. À savoir que les couloirs de jeu sont occupés avec une certaine précision. Et notamment les demi-espaces, ces zones entre l’axe et les ailes, difficiles à défendre pour les adversaires. Pedri et Koke sont ainsi régulièrement actifs dans ces espaces, où ils ne sont jamais vraiment marqués de près. La largeur offerte par les ailiers (Ferran Torres et Sarabia contre la Croatie) concentre l’attention des latéraux et les milieux sont souvent préoccupés par le besoin de ne pas déstructurer les lignes. La capacité de combinaison des Espagnols entre les relayeurs, les latéraux et les ailiers compliquent la tâche des défenses, même lorsque celles-ci sont basses.

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Le dispositif espagnol avec ballon. Les ailiers donnent beaucoup de largeur, alors que les latéraux restent orientés vers l’axe, pour ne pas être sur la même ligne verticale. Busquets est au cœur du jeu, alors que les deux relayeurs se placent dans les demi-espaces entre les lignes ou en attaquant la profondeur, comme ici Pedri.

Koke touché dans le demi-espace, ce qui mobilise à la fois le milieu gauche et le latéral gauche croates.

34e: Laporte trouve Pedri dans le demi-espace, qui peut se retourner et lancer Sarabia dans le dos de la défense.

Face à l’Espagne, il faut alors se préparer à choisir ce qu’on veut défendre. Si l’intérieur du jeu est privilégié avec beaucoup de compacité, il s’agira d’accepter de s’exposer sur la largeur. Quand la Roja a du temps, elle finit par trouver un circuit qui lui convient. Et cela part souvent des défenseurs centraux, capables d’avancer et de fixer balle au pied pour trouver une solution de passe. Soit à l’intérieur avec une transmission courte ou mi-longue, soit en renversant complètement le jeu pour profiter de l’amplitude offerte par les ailiers. Pour un bloc, cela peut être très déstabilisant et créer des failles.

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Face au bloc médian compact croate, Laporte bascule le jeu vers Ferran Torres.

Cela déstabilise la défense, avec un espace entre le latéral et le central que Koke peut attaquer.

Quoi qu’il en soit, l’Espagne a depuis deux matches dans ses rangs un cerveau. Sergio Busquets, de retour après avoir été testé positif au Covid, reste sur deux prestations exceptionnelles. Le contrôle du jeu passe très souvent par lui et sa capacité à trouver la solution dans un espace réduit rappelle ses plus belles heures. L’enjeu pour l’adversaire est de le bloquer, de limiter son rayonnement. Car, avec du temps, il a quelque chose d’injouable, avec une capacité à masquer sa passe jusqu’au dernier moment, ce qui peut prendre à revers n’importe quelle défense bien placée. Un problème supplémentaire à gérer pour la Suisse.

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13e: Busquets bénéficie d’une liberté d’action énorme. Morata en profite pour attaquer la profondeur.

Morata est donc servi au bon moment face au but par Busquets.

52e: Busquets, bien que mis sous pression, élimine son vis-à-vis et peut aller trouver Morata.

S’inspirer du passé

Cette Espagne n’a donc rien à voir avec la France. Les relations sont complètement différentes, et notamment les schémas pour sortir la balle. Là où la France n’avait pas de mécanismes pour éliminer les lignes défensives, l’Espagne en a une tonne. Surtout lorsqu’elle a du temps. Car, face à la Croatie, elle a aussi montré moins de certitudes dans des situations de stress. En clair, contre l’Espagne, presser haut est peut-être une meilleure solution qu’être patient et quelque peu attentiste.

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Situation de pressing croate, qui limite le temps d’action et augmente le stress espagnol. La balle sera récupérée.

En novembre, la Suisse avait également choisi un plan similaire, qui avec très souvent fonctionné.

Pour la Suisse, ce n’est pas une nouveauté. En Ligue des nations, elle avait à chaque fois tenté d’aller chercher haut l’Espagne. Avec un pressing très audacieux, presque en un contre un sur tout le terrain. Si cela avait moins bien fonctionné à l’aller à Madrid (dans un 5-3-2, avec Xhaka, Freuler et Sow au milieu et Mehmedi et Seferovic en attaque), l’approche avait été probante au retour à Saint-Jacques. En première période, elle avait notamment permis de récupérer la balle rapidement et de s’autoriser certaines séquences de construction verticale, comme la Suisse aime le faire. L’ouverture du score de Freuler avait notamment suivi une séquence de pressing qui avait conduit à une perte de balle espagnole.

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Shaqiri dans la zone du Busquets, ce qui limite la volonté de ses partenaires de lui donner le ballon.

Ce soir-là, Shaqiri était le plus souvent concentré à ce que Busquets ne soit pas servi. Ici, il observe le déplacement de Busquets pour lui couper la ligne de passe.

L’action se continue et Busquets n’a pas été servi. Shaqiri reste toujours devant lui.

Cette expérience peut être inspirante pour Vladimir Petkovic. Il y a des enseignements à tirer du match de novembre dernier. Ce soir-là, la Suisse évoluait avec une équipe relativement proche de celle que pourrait aligner Petkovic vendredi. Il y avait certes Xhaka, qu’il s’agira de remplacer, mais le trio d’attaque Shaqiri-Embolo-Seferovic avait été aligné d’entrée. Avec un rôle défensif déjà précis pour le meneur de jeu. C’était à lui qu’incombait la responsabilité de bloquer Busquets sur les relances espagnoles. Un rôle moins exigeant que d’autres (moins de longues courses intenses), mais qui avait été particulièrement précieux ce jour-là. Et si on se servait du passé pour répondre présent?

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