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Euro 2020 – Les tirs au but, une loterie, vraiment?

Publié4 juillet 2021, 12:28

Après la victoire de la Suisse contre la France et celle de l’Espagne face aux Helvètes, joueurs, entraîneurs, journalistes, consultants ont parlé de coup de chance. Mais était-ce un hasard?

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Que ce soit Ruben Vargas contre l’Espagne…

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ou Kylian Mbappé devant Yann Sommer, le tir au but manqué n’était pas un hasard…

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«Pour moi, les tirs au but ce n’est pas une loterie!» Léonard Thurre, ancien international suisse, a lâché cette phrase, samedi, sur le plateau du TJ. Et pourtant, c’est devenu une rengaine incontournable lorsque se dispute cette séance de torture dramatique lorsqu’il faut absolument un vainqueur. «C’est la loterie. » Le soir du match perdu par l’équipe de France, contre la Suisse, ou celui des Helvètes face à l’Espagne, tous ont parlé, d’Hugo Lloris à Xherdan Shaqiri, en passant par Didier Deschamps et Vladimir Petkovic, de «coup de dés», d’un coup de chance ou de malchance.

Et si Léonard Thurre avait raison? Comme on l’explique dans un article de So Foot, «les tirs au but, c’est tout sauf une loterie». Mieux vaut mettre en avant le talent, la préparation, la compétence, la prise de risque, le duel psychologique. Tout cela, ce n’est pas que le fruit du hasard, la faute à pas de chance.

Pourquoi tente-t-on encore aujourd’hui des Panenka, du nom de ce joueur tchécoslovaque qui en 1976 contre l’Allemagne avait frappé le ballon sans élan une pichenette en visant le centre du but, généralement juste sous la barre transversale afin de piéger le gardien adverse. On avait alors appelé son geste un coup de génie…

‹‹Les tirs au but, c’est la loterie…»

Raphaël Varane, joueur de l’équipe de France

Aujourd’hui il n’y a pas une seule séance qui ne se déroule sans qu’un commentateur, un consultant, un entraîneur ou un joueur ne le dégaine à un moment. Et ce France-Suisse n’a pas fait exception. Hugo Lloris après l’élimination : « C’est douloureux. Encore plus après une séance de tirs au but où ça devient de la loterie. » Ou encore Raphaël Varane : « Il y a eu du positif en deuxième mi-temps, mais ça n’a pas suffi. Les tirs au but, c’est la loterie». Une défaite (ou une victoire) aux tirs au but serait donc uniquement le fruit du hasard?

À pile ou face dans les vestiaires

Trop facile de dire que c’est le destin. On le répète une séance de tirs au but, c’est tout sauf une loterie. Cela n’a rien à voir avec ce qui se passait avant les années 1970. Lorsqu’un score de parité sur un match à élimination directe se terminait, on faisait tout simplement jouer les capitaines à pile ou face, avec le toss de l’arbitre et, dans les vestiaires, on déterminait le vainqueur. Là oui, c’était une loterie, du hasard, du 50/50. On gagnait ou on perdait seulement grâce ou à cause de la chance. Ou de la malchance.

Et c’est parce que tellement de joueurs criaient à l’injustice, au dégoût ou à l’infamie que les autorités du foot décidèrent de mettre fin à cette organisation. Pour l’ancien sélectionneur de l’équipe de France Raymond Domenech, qui avait vécu des défaites sportives sur un pile ou face, c’était tout simplement inique.

‹‹Vous ne pouvez pas imaginer la souffrance de perdre sur un pile ou face, cela dépasse, et de très loin, toutes les autres défaites.››

Raymond Domenech, ancien sélectionneur de l’équipe de France

«Jouer une qualification à la pièce était dramatique, presque antisportif. Un tir au but, au moins, implique un geste technique, une situation de jeu, comporte une dimension psychologique qui s’approche de ce qu’est la compétition. […] Vous ne pouvez pas imaginer la souffrance de perdre sur un pile ou face, cela dépasse, et de très loin, toutes les autres défaites. »

Voilà pourquoi on ne peut pas dire, après ce qu’ont été les séances de pile ou face, que les tirs au but sont de la loterie. Le dire serait même hypocrite, faux et trompeur. Ça serait refuser la défaite et la justifier non pas par un manque de préparation, par une erreur ou un échec sportif, mais par les affres du destin. Trop facile et surtout absolument faux. Parce que, contrairement à ce que beaucoup voudraient croire, les tirs au but, ça se prépare!

L’exemple de Valeri Lobanovski

Toutes les dimensions sont à appréhender et à anticiper, à travailler, à réviser, de la dimension psychologique aux frappes, jusqu’aux anticipations des plongeons du gardien et des directions de frappes des buteurs. C’est l’ancien entraîneur du Dynamo Kiev, l’illustre Valeri Lobanovski, qui, dans les années 1980, fut le premier à imposer à ses joueurs une préparation millimétrée. Avant chaque match à enjeu, à élimination directe, des coupes nationales aux coupes d’Europe, il organisait des séances d’entraînement où il reproduisait absolument tout ce qu’on pouvait retrouver en match. «C’est une évidence qu’il faut travailler les tirs au but. L’apprentissage et le contrôle permettent d’améliorer les compétences et de soutenir les résultats.»

Ignacio Palacios-Huerta Il allait même jusqu’à demander aux jeunes des U21 jusqu’aux U14 de venir jouer les supporters, souvent violents et vindicatifs, avec fumigènes et tambours, histoire de rajouter une pression aux acteurs, et il faisait répéter la séance. Parfois, pour inciter à la performance, et ne pas entrer dans une routine inquiétante, il mettait en jeu des jours de repos supplémentaires ou des primes. Le but était de forcer les joueurs à se concentrer et à s’améliorer, à maximiser la réussite en cas de séance en match officiel. Et cela fonctionna.

Sous la direction de Lobanoski, le Dynamo Kiev remporta la majorité de ses séances de tirs au but, un succès supérieur à la moyenne européenne. Pour l’économiste espagnol Ignacio Palacios-Huerta, auteur du livre L’Économie expliquée par le foot, c’est «une évidence qu’il faut travailler les tirs au but. […] L’apprentissage et le contrôle permettent d’améliorer les compétences et de soutenir les résultats.»

‹‹Pour réussir un penalty, pas la peine de boire du maté, il faut juste s’entraîner, et au moins 150 fois dans l’année.››

Ignacio Palacios-Huerta, économiste espagnol

Le bonhomme a d’ailleurs justifié sa thèse à partir de l’étude du championnat argentin de 1988-1989 qui, en prévision de la Coupe du monde 1990, avait tout simplement arrêté le principe du match nul et imposé une séance de tirs au but en cas de score de parité, à chaque rencontre. Cela provoqua une augmentation de 9000% du nombre de séances et obligea les joueurs et les clubs à s’entraîner et à se préparer.

En moyenne, quatre fois par semaine, contre moins de trois fois par an ailleurs, dans les championnats anglais, allemand, suisse ou espagnol. Et les effets furent largement perceptibles. «Statistiquement, toutes choses égales par ailleurs, en bloquant les forces et les compétences des tireurs et des gardiens, les Argentins de la saison 1988-1989 affichaient un niveau d’expérience aux tirs au but plus élevé que les autres joueurs. […] Pour réussir un penalty, pas la peine de boire du maté, il faut juste s’entraîner, et au moins 150 fois dans l’année.»

Mario Gavranovic, qui a réussi ses deux tirs au but face à la France et à l’Espagne, avait travaillé cet exercice à l’entraînement.

AFP

Chose que n’ont peut-être pas faite les joueurs français (contrairement aux Suisses qui avaient bossé les tirs au but la veille du match…). Pensant que cela n’était qu’une grande loterie, ils n’ont pas voulu se préparer à une séance de tirs au but et ont voulu tout miser sur le destin plutôt que sur la préparation, l’entraînement et la répétition. Et on connaît le résultat, une malheureuse élimination.

Le souvenir de Trezeguet en 2006

Pour l’anecdote, rappelons qu’en 2006, 24 h avant la finale contre l’Italie, en Coupe du monde, le sélectionneur français Raymond Domenech avait voulu organiser une séance de tirs au but à l’entraînement, avant de la suspendre manu militari après que David Trezeguet avait réussi une frappe magistrale en pleine lucarne. «On s’arrête là, demain tu dois faire la même chose» , lui avait-il dit. On connaît le résultat, Trezeguet avait manqué son envoi et les Transalpins s’étaient imposés 5 à 3 aux tirs au but…

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