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«Mères et bébés en danger», les sages-femmes tirent la sonnette d’alarme pour cet été

Manque de vacataires, congés non remplacés, soignants épuisés après plus d’une année de Covid… Les effectifs dans les maternités sont au plus bas à l’orée des deux mois d’été où sont attendues plus de 120.000 naissances.

«Si la situation n’était pas d’une extrême urgence, nous ne lancerions pas cette alerte». Pour l’Ordre national des sages-femmes, l’heure n’est plus à la mise en garde mais à l’avertissement. Dans un communiqué, publié le 8 juillet, l’instance nationale craint pour la sécurité des mères et nouveau-nés cet été. Avec 120.000 naissances attendues, ce qui fait de la saison une des plus importantes pour les maternités françaises, «les effectifs sont largement insuffisants».

Ce n’est pas la première fois que la profession s’inquiète d’un manque de personnel et d’une dégradation des soins. Mais deux mois après la manifestation nationale du 5 mai dernier, «rien n’a changé», «la situation s’est même aggravée» pour Marie*, sage-femme à l’hôpital privé d’Antony (Hauts-de-Seine). Avec les vacances d’été, les congés se multiplient et les remplaçantes manquent à l’appel. Habituellement, les étudiants et jeunes sages-femmes viennent compléter les rangs mais «cette année, pour la première fois, elles ne sont pas assez nombreuses pour prendre la relève dans les maternités, préférant s’orienter vers l’exercice libéral», analyse l’Ordre national des sages-femmes. De nombreux services restent donc exsangues et certains sont contraints de fermer, faute de bras pour les faire tourner. Une pénurie qui a pour conséquence de mettre «des femmes et des bébés en danger».

Des chambres et salles fermées

Pour Marie et ses collègues, la seule solution était de fermer un service entier. Depuis plusieurs semaines et pour encore tout l’été au moins, les grossesses pathologiques ne peuvent plus être accueillies à Antony, pourtant première maternité d’Ile-de-France. «On les dirige vers d’autres hôpitaux, là où elles pourront trouver de la place», informe Marie, désillusionnée. Sage-femme depuis neuf ans, elle a vu les conditions se dégrader fortement. «Il y a des nuits où une seule sage-femme est présente contre quatre normalement.» Comme tout l’hôpital, une maternité ne peut s’arrêter et vit 24h/24. «Et c’est bien là où est le problème», dénote Marianne Benoît Truong-Canh, membre de l’Ordre national des sages-femmes. Contactée par le Figaro, elle tient à manifester son inquiétude. «On n’a jamais vu ça et ça concerne presque toutes les régions.»

À plusieurs centaines de kilomètres de la capitale, Rita* n’est pas épargnée par le manque de personnel, à l’orée de l’été. Avec ses collègues strasbourgeoises, elles ont dû créer un groupe WhatsApp d’urgence où les demandes de garde se multiplient, parfois pour le jour même. «SOS, il faudrait quelqu’un au pied levé en salle», peut-on y lire, ou encore, «suite à un arrêt, il manque une astreinte de nuit ce soir». En cas de place éternellement vacante, l’ARS est obligé de fermer la salle, par sécurité. «Même si parfois, on tire un peu sur la corde», ajoute Laure, sage-femme lyonnaise. «Même si on nous dit que c’est pour le bien des patientes, j’ai du mal à y croire». Pourtant rodée aux accouchements difficiles, elle s’interroge : «est-ce que parfois, il ne serait pas préférable de ne pas les accueillir que de mal les soigner ?»

Peur de perdre une mère ou un bébé

Ces angoisses, toutes les partagent. «Je ne sais pas comment on va s’en sortir cet été». Marine est vacataire à Paris. «Certains soirs cet été, il n’y a qu’une sage-femme et une infirmière pour l’aider, s’il y a une urgence, on sera coincé.» Derrière ces mots, Marine craint un accident tragique. «À la maternité, cela arrive si vite.» Face à un bébé qui ne respire pas, une hémorragie maternelle, «parfois nous n’avons que quelques minutes pour réagir», témoigne la jeune maïeuticienne. Et ce sont lors de ces urgences «qu’il est nécessaire d’avoir des bras.» En pendant à l’été, Marie en fait des cauchemars. «Bien sûr que j’ai peur, bien sûr que j’en ai mal au ventre. J’ai peur qu’on perde un bébé ou une maman et tout ça à cause d’un manque de personnel.»

Des drames qu’il faut à tout prix éviter pour l’Ordre national des sages-femmes. «C’est une vraie urgence», clame Marianne Benoît Truong-Canh. «C’est un dégoût massif de l’hôpital». Mais comment expliquer cette désertion ? «Ce n’est pas nouveau mais ça s’est aggravé ces dernières années». Si en dix ans, leur nombre a augmenté en passant de 18.000 à 23.000, les sages-femmes ont quitté les couloirs des hôpitaux pour venir grossir de 20% les rangs du libéral où «le rythme est plus serein». On a plus le temps pour discuter avec les femmes, prendre le temps de soigner aussi explique au Figaro, Nadia, sage-femme en ville à Aix-les-Bains. À l’hôpital, c’est davantage à la chaîne.»

Épuisées par «des gardes de jour comme de nuit qui s’accumulent», «beaucoup de stress et de responsabilités», «une faible rémunération» et «un manque de reconnaissance», beaucoup ont quitté les salles d’accouchement rendant les conditions de travail «invivables». «Moins on est nombreuses, moins bien les femmes et les bébés seront soignés», prévient Laure. L’Ordre national des sages-femmes ne cache pas son inquiétude. La désertion des hôpitaux pour le libéral devrait s’accentuer pour atteindre 70% des sages-femmes en cabinet d’ici 2030 à en croire le dernier rapport de la DRESS, outil statistique de Santé publique France, publié en mars dernier. «Ce qui nous fait peur est le désengagement individuel et personnel, ajoute Marianne Benoît Truong-Canh, beaucoup veulent arrêter et changer de métier.» Avant d’aller plus loin encore, «nous sommes à la fin d’un cycle». Pour la membre de l’institution nationale, le gouvernement doit réagir vite notamment en proposant une revalorisation salariale, une meilleure reconnaissance de la profession et une prise de conscience. «Parfois on a l’impression que les politiques oublient la maternité alors que ce sont les citoyens de demain.»

À VOIR AUSSI – «Sages-femmes en colère»: elles manifestent à Paris pour de meilleurs salaires (24/02/2021)

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