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un vaccin tricolore pour convaincre les hésitants ?

On les croyait majoritaires en décembre, ils sont finalement une petite minorité : le mouvement «antivax» a reflué. Or, les récalcitrants sont loin d’être tous hostiles par principe au vaccin, et l’arrivée de celui de Sanofi, promis pour décembre, pourrait en convaincre certains de sauter le pas.

De monumental qu’il était au début de la campagne de vaccination, l’obstacle s’est rétréci à mesure que celle-ci s’est intensifiée ; force est néanmoins de reconnaître que l’hostilité au vaccin perdure chez une frange marginale mais non négligeable de la société française. Certes l’intermédiaire des généralistes a su lever des barrières ; bien sûr aussi, la fin des couacs logistiques a accru la confiance et coupé le sifflet à certaines mauvaises langues sur les réseaux sociaux. Reste que deux Français sur dix refusent encore de se faire vacciner, et que hormis la menace d’une obligation vaccinale (laquelle n’arrange peut-être pas les choses), ceux-ci restent difficiles à convaincre. Comment venir à bout des derniers récalcitrants ?

Parmi eux en réalité, les irréductibles «antivax» ne sont pas légion. «L’hésitation n’est pas toujours synonyme de refus ou de résistance», avancent les chercheurs Anne-Marie Moulin (médecin et philosophe, directrice de recherche émérite au CNRS) et Gaëtan Thomas (historien de la médecine et des sciences, postdoctorant à Sciences Po), dans un article paru dans La vie des idées . Ce que confirme Laure Millet, responsable du Programme santé de l’Institut Montaigne : «Je situe l’hésitation vaccinale à part du mouvement de défiance hostile aux vaccins. Il ne s’agit pas, chez la plupart de ces personnes, de s’opposer par principe à une injection, mais plutôt d’un besoin de prendre du recul et d’attendre des garanties.»

Un vaccin «traditionnel»

Or parmi les principales inquiétudes soulevées par les internautes hésitant à se faire vacciner, et dont les propos ont été scrutés à la loupe pendant des mois par le cabinet Bloom Social Analytics, la technologie à ARN messager a cristallisé une grande partie des réticences. Par conséquent l’arrivée sur le marché d’un vaccin «traditionnel», celui justement que développe Sanofi et qui pourrait être au point à compter de décembre, offre une alternative rassurante.

Triomphantes, les équipes du géant français (leader mondial du vaccin contre la grippe) ne boudent pas leur plaisir à tenir enfin leur revanche, après la mauvaise presse que leur a valu le retard pris sur la mise au point du vaccin. En annonçant le 5 juillet une disponibilité à compter de décembre, le président de Sanofi Olivier Bogillot a vanté les mérites d’une «technologie éprouvée qu’on utilisait depuis quelques années», en rappelant soigneusement que celle-ci est déjà présente dans le vaccin contre la grippe, lequel ne cristallise pas tant de méfiance.

Message reçu cinq sur cinq : commentant cette annonce, un internaute écrit sur Twitter que l’on «peut admettre une chose avec honnêteté intellectuelle, le vaccin de Sanofi a deux choses que les vaccins ARNm n’ont pas : recul sur la technologie utilisée depuis des décennies, et le vaccin ne sort pas dans une précipitation accrue ce qui procure bien plus de confiance». Un argument auquel recourt bien volontiers Nicolas Kressmann, chargé des relations média au sein du groupe, auprès du Figaro : «Cette technologie existe depuis longtemps en effet et il est normal qu’elle rassure, puisqu’elle offre une alternative à des technologies nouvelles qui ont émergé avec la pandémie, comme l’ARN messager ou l’adénovirus. Le vaccin que nous combinons repose sur la technologie des protéines recombinantes, ses résultats sont prometteurs et surtout il est historiquement connu en termes de sécurité, ce qui va probablement rassurer les patients.»

Par effet de contraste, la méfiance suscitée par la technologie ARNm chez une partie des hésitants favorise donc la confiance dans un vaccin jugé plus «traditionnel». «Je ne me ferai pas vacciner avec ce truc expérimental à ARN pour une maladie aussi peu létale. C’est clair et net. J’attends de voir le vaccin développé par Sanofi à protéine recombinante qui me rassure davantage. Si c’est être antivax grand bien vous fasse…» commente encore cet autre internaute.

«L’effet marque»

Outre la technologie, c’est paradoxalement son retard qui renforce encore la confiance de certains Français dans le vaccin de Sanofi : bien qu’il ait suivi exactement le même protocole que les autres vaccins pour la conduite des études cliniques préalables à son (éventuelle) autorisation de mise sur le marché, la durée de son élaboration est perçue chez certains comme un gage de sérieux. «Ça me rassure, dans cette précipitation, de savoir que @sanofi ne bâcle pas ses études, ne choisit pas ses cibles pour de meilleures plaquettes commerciales mais de meilleurs résultats sur nos plus fragiles» tweete un responsable politique du mouvement Debout la France.

Pour l’économiste de la santé Nathalie Coulet, «l’effet marque» joue beaucoup aussi sur les représentations des patients. «C’est un laboratoire qu’ils connaissent, contrairement à Pfizer qui s’est réellement fait connaître en France avec la crise sanitaire ; tandis que Sanofi, c’est eux qui produisent le Doliprane. D’ailleurs celui-ci est fabriqué en Chine et pas en France, ce n’est donc pas tant l’argument ‘made in France’ que réellement la confiance qu’inspire la marque qui peut jouer. Cela d’autant plus que le vaccin de Sanofi offre une porte de sortie honorable à ceux qui ont refusé jusqu’ici les autres vaccins, en cas d’obligation vaccinale. Enfin, à condition de ne pas arriver trop tard…».

L’argument «cocorico» n’est tout de même pas à négliger non plus : dans les commentaires des internautes, il revient lui aussi, comme dans cette publication où l’un d’entre eux explique : «Je ne suis toujours pas vacciné, j’attends avec impatience le vaccin Sanofi, je n’ai confiance qu’aux vaccins français ! Pasteur c’est en France c’est chez nous, toute ma confiance en eux !».

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