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ces milliers d’adultes qui demandent le baptême à Pâques

TÉMOIGNAGES – Plus de 4000 catéchumènes vont embrasser la foi catholique cette année à Pâques, en hausse de 17% par rapport à 2021. Ni la pandémie, ni les scandales qui ont secoué l’Église n’ont fragilisé leur choix.

«Je ne vais pas vous donner un témoignage choc. Mon histoire est toute simple». Au fond de lui, Loïc a toujours cru en l’existence d’un Dieu. Il priait souvent, en secret. Mais cette Église qu’il percevait comme vieillotte et désuète ne le tentait guère. Ce père de famille a fait baptiser ses deux filles, sans se décider. «Il y avait comme un manque au fond de moi. J’y croyais, sans aller jusqu’au bout». Près de chez lui, à Sainte-Maxime, il a rencontré un curé dynamique, découvert une paroisse jeune et joyeuse. «Je me suis dit : il y a quelque chose de beau dans cette religion. Et c’est comme ça que je veux que mes enfants grandissent». En ce samedi de Pâques, l’eau bénite va couler sur son front, lorsque Loïc va jurer de renoncer à Satan et au péché.

Comme lui, 4278 autres «catéchumènes» vont embrasser la foi catholique en France en cette fête de Pâques. La hausse est significative : plus de 17% par rapport à 2021, selon l’enquête de la Conférence des Évêques. Une explosion ? «Plutôt le maintien d’une tendance ces dix dernières années, et qui a tendance à stagner. Car l’année dernière a marqué un creux avec la pandémie», rectifie Cécile Éon, déléguée pour le catéchuménat des adultes au niveau national. La responsable se félicite toutefois d’un chiffre «particulièrement encourageant» au sortir de deux ans de confinements successifs, «lorsqu’on sait que les rencontres sont le principal facteur de conversion».

Un tiers de jeunes catéchumènes

«Peut-être est-ce le témoignage d’un besoin plus fort de spiritualité après la pandémie», suggère le père Baldo Alagna, coordinateur des catéchuménats pour le diocèse de Fréjus Toulon. «Quand la mort s’invite dans le quotidien, cela questionne». Le rebond est particulièrement significatif dans son diocèse : 77 baptêmes, contre 40 à 50 les années précédentes.

Nombreux, les catéchumènes sont également de plus en plus jeunes. En 2022, les 18-25 ans représentent à eux seuls presque un tiers des nouveaux baptisés. Dans sa paroisse du centre parisien, Agathe recevra le baptême avec trois autres catéchumènes de moins de 35 ans. Comment ces adultes décident-ils, d’un coup, de «suivre le Christ» ? «Cela faisait longtemps que je voulais franchir le pas. Je ne voulais plus vivre ça à moitié, aller à la messe de temps en temps, sans pouvoir communier», raconte la Parisienne de 26 ans.

« La mort de ma grand-mère m’a poussée à des questions existentielles, le sens de notre passage sur terre, et ce qu’on fout là, tout simplement ».

Agathe, 26 ans, catéchumène à Paris

Si Agathe devait définir le déclic, ce serait sans doute la mort de sa grand-mère. Celle qui lui avait offert sa première Bible. «Quand un deuil douloureux arrive, on se demande : si Dieu existait, est-ce que cela arriverait ? Mais cela pousse aussi à des questions existentielles sur le sens de notre passage sur terre, et ce qu’on fout là, tout simplement». À plusieurs reprises, la jeune fille s’est sentie «happée» par la présence de Dieu. Comme un appel. Elle en est sûre, dans les épreuves, «Il» a toujours été là.

«Ma mère voulait m’emmener à l’église, ça m’agaçait»

Pour Jonathan, baptisé lui aussi ce samedi, ce fut en passant le concours de l’école de police. «J’ai tellement prié pour réussir, et j’ai terminé premier. C’est là que je me suis dit : il y a quand même un truc», rit le Toulonnais. Quelque part, Dieu a toujours fait partie de sa vie. «Quand j’avais 16 ans, ma mère voulait m’emmener à l’église. Ça m’agaçait. On me faisait allumer des feux, faire le tour de la cour, je ne comprenais pas». Pourtant, dans les petits comme les grands moments, il a toujours eu ce réflexe de la prière. «Je parlais à quelqu’un, tout là-haut, dans le ciel. J’étais sûr qu’Il m’entendait».

Pour s’engager à suivre le Christ, le cheminement est long. De 18 mois minimum, il peut prendre plusieurs années pour certains. «D’abord parce qu’il s’agit d’adultes libres, et que nous ne voulons pas nier cette liberté. Et puis, apprendre à connaître Jésus et ses disciples n’est pas simplement une démarche intellectuelle. C’est un changement de vie. Quand on vous dit d’un coup d’aimer vos ennemis et faire du bien à ceux qui vous haïssent, cela ne se fait pas du jour au lendemain !», soulève Cécile Éon.

Pour certains, le pas à franchir est plus grand encore. Comme ces deux anciens musulmans que le père Baldo a formés dans le diocèse de Toulon. Cette année, 180 nouveaux baptisés viennent de l’Islam. «Pour un musulman, comprendre que Dieu est unique en trois personnes n’est pas simple». Souvent, c’est la figure de Marie, mère de Jésus, très présente dans le Coran, qui fait le lien.

Trésors de l’Église

Bien sûr, beaucoup de choses ont fait hésiter Agathe avant de rejoindre la communauté chrétienne. «Quand j’étais ado, il y a eu la Manif pour Tous. Le mouvement a regroupé plein de cathos, mais je ne m’y retrouvais pas. Je me suis même dit : c’est peut-être que je ne suis pas vraiment faite pour être catholique ? Et puis, à l’âge adulte, j’ai dépassé ça».

Les scandales qui secouent l’Église, notamment le dernier rapport de la Ciase, faisant état de 3000 prédateurs sexuels parmi les prêtres, ne l’ont-ils pas refroidie ? «Il faut distinguer sa foi intérieure de l’Église en tant qu’institution humaine, qui peut avoir ses défauts, répond Agathe, qui distingue «la justice des hommes» de sa relation à Dieu. Du côté de la coordination nationale, on s’étonne de la ténacité des catéchumènes malgré le séisme du rapport Sauvé. «Je m’attendais à de nombreux départs, mais sur les plus de 4000 catéchumènes, sept seulement ont arrêté leur chemin pour cette raison», confie Cécile Éon.

Souvent d’ailleurs, les nouveaux baptisés prennent une part importante dans la vie des communautés. «Nous, on parle beaucoup de théologie, d’écritures, et on est dans une sorte de torpeur quelquefois. Eux, cela a transformé leur vie», explique le père Baldo. «Ils sont le trésor de l’Église». Agathe est excitée à l’approche de la veillée pascale. Samedi soir, elle sera officiellement enfant de Dieu, et sœur des autres chrétiens. «J’ai hâte», souffle-t-elle.

*Le prénom a été modifié

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