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pourquoi les jeunes ne vont-ils pas voter?

TÉMOIGNAGES – Un sondage estime que 80% des jeunes n’iront pas voter aux régionales. Quelles sont les raisons de cette abstention?

«Les régionales ? Je ne sais même pas ce que c’est, ni à quoi ça sert», s’exclame Clarisse, une Parisienne de 23 ans, interrogée par Le Figaro. Manque d’information ou désintérêt ? La jeune cadre ne s’intéresse «tout simplement pas à la politique de manière générale». Clarisse est loin d’être la seule dans ce cas-là. D’après un sondage de l’IFOP, 80% des personnes interviewées ne pensent pas aller voter lors des régionales, et parmi elles, 48% ne savaient pas que des élections se déroulent ce dimanche. De manière générale, 72% des jeunes ne s’intéressent que peu, ou pas du tout à ces élections.

Plusieurs jeunes ont confié au Figaro ne pas être au courant de la tenue de ces élections, comme Alexandre, 27 ans, qui travaille dans la restauration : «Je ne sais ni où, ni quand, ni qui, ni pourquoi. Je ne me sens pas du tout, mais pas du tout concerné». Ou encore Isaure, 18 ans : «Honnêtement, je n’y connais rien du tout. Donc je ne compte pas aller voter. Et si je voulais le faire, je ne saurais même pas comment m’y prendre, bien que j’aie reçu ma carte électorale.» Les deux précisent tout de même se déplacer pour les élections présidentielles.

Thomas Ehrhard, politologue à l’Université Assas et Polytechnique, admet au Figaro ne pas trouver ces réponses étonnantes. De manière générale, «les jeunes participent moins à ces élections, comme le reste de la population». «Effectivement, pour pouvoir voter faut-il encore savoir qu’il y a une élection», commence le politologue. «C’est lié au manque d’information dans un premier temps». «Ce n’est pas une particularité des jeunes, la séquence politique ne prend pas, personne ne parle des élections départementales. Et concernant les régionales, l’information est concentrée sur les duels post-élections, sur la présidentielle, « si Bertrand gagne, qu’est-ce que ça veut dire pour 2022 ? », idem pour Wauquiez. On parle des guerres de partis comme Muselier au Paca. Mais on ne parle pas des enjeux régionaux».

Toutefois, Thomas Ehrhard reste cependant dubitatif sur le sujet de la méconnaissance de la date d’élection : «Pour passer à côté de la date il faut le vouloir, ça exprime quelque chose de fort, et ce n’est pas forcément une question de canal, c’est partout à la télé, dans les médias et sur les réseaux sociaux. C’est juste que les jeunes ne recherchent pas ces informations-là».

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Une incompréhension totale face aux élections locales

Si les jeunes ne vont pas voter ce dimanche, c’est aussi lié à une incompréhension qui entoure l’enjeu de ces élections. Martin, 27 ans, ne s’y retrouve pas : «Je ne m’y intéresse pas car je ne vois aucune action prise à l’échelle de la région. Je ne vois donc pas d’intérêt à aller voter». Pour Marc-Antoine, étudiant de 25 ans en école de cinéma, «les élections sont un baromètre pour les présidentielles. Selon moi, ça ne sert à rien, la région est un étau entre la commune et l’État», juge-t-il auprès du Figaro. D’autres encore n’ont «jamais compris quel était l’impact des régionales» sur la politique de la France ou sur la société et ne savent tout simplement pas «à quoi ça sert».

Il faut être très compétent politiquement, presque technicien de la politique pour se repérer en matière d’offre politique pour dimanche prochain.

Céline Braconnier, directrice de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye

Comme l’expliquait Thomas Ehrhard plus haut, il est difficile pour ces jeunes de se retrouver dans ces élections car les enjeux régionaux ne sont pas mis en avant. Céline Braconnier, directrice de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye et auteur de La Démocratie de l’abstention, commence par expliquer que les jeunes sont aujourd’hui «beaucoup plus exigeants à l’égard de l’offre électorale» : «Ils ne se déplacent pas s’ils ne comprennent pas». Avec une campagne très faible, «peu de meetings, sans de véritables rassemblements et peu de porte à porte», ajouté à cela «un cadrage médiatique parfois difficile à décrypter», ce n’est pas facile pour les jeunes de s’y retrouver.

D’autant que les régionales et les départementales ne fonctionnent pas de la même manière : «Par exemple, dans les Hauts-de-France, on a un regroupement des forces de gauche aux régionales conduite par la candidate écologiste, mais on a un éclatement de ces mêmes forces de gauche pour les élections départementales», fait savoir la politologue spécialisée dans l’abstention des jeunes. Aujourd’hui, «il faut être très compétent politiquement, presque technicien de la politique pour se repérer en matière d’offre politique pour dimanche prochain».

Voter par «devoir citoyen»

Parmi les jeunes interrogés, plusieurs vont tout de même voter. Mais alors, qu’est-ce qui les anime ? «Je vote parce que c’est mon devoir de citoyen», confie Marie, 26 ans. «Moi je vais aux urnes car c’est un privilège de pouvoir voter, surtout en tant que femme. Si je ne le fais pas, je n’aurais pas le droit de me plaindre ou d’être fière de la situation de mon pays», nous confie Lucie, 25 ans. D’après elle, ce sont ses parents qui lui ont transmis cet héritage, «ils seraient déçus si je ne votais pas». Anne, 18 ans, voit non seulement l’élection comme un devoir citoyen, «car des femmes se sont battues pour qu’on ait ce droit», mais également un devoir «pour le futur, pour faire changer les choses». «C’est aussi symbolique pour moi, car ce sont mes premières élections», ajoute-t-elle. Toutefois, aucune des personnes interrogées ne vote réellement pour les besoins de la région ou du département.

«Cette mobilisation aux élections régionales et départementales regroupe d’abord les plus politisés des jeunes, ceux qui sont issus des milieux dans lequel se transmet encore une forme de culture civique, qui votent même s’ils ne comprennent pas bien les enjeux ou encore l’offre», analyse Céline Braconnier. Il y a également un effet de génération : «Quand on va à la sortie des urnes pour des élections comme celle qu’on va avoir dimanche, on va voir beaucoup plus de personnes âgées. Mais elles ne sont pas forcément plus au courant des enjeux que les jeunes».

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Selon la politologue, cette génération de personnes âgées est «porteuse d’un devoir civique», ce qui n’est pas forcément le cas des jeunes générations, qui refusent de se rendre aux urnes sans comprendre les enjeux ou décrypter la situation. «C’est le fruit de la démocratisation scolaire : plus on va à l’école et plus on refuse de faire des choses qui n’ont pas de sens, c’est aussi ça qu’on apprend à l’école», défend-elle. De plus, contrairement aux personnes âgées, «les jeunes ne culpabilisent pas de s’abstenir lors des élections».

D’autres raisons pour expliquer l’abstention

La catégorie d’âge est «devenue le déterminant le plus fort de la participation électorale» estime Céline Braconnier. Selon elle, «la socialisation politique croît notamment avec l’âge» : «Dans les années 80, même si on votait beaucoup, on votait moins à 25 ans qu’à 50 ans», rappelle la politologue. «Cet effet âge a toujours existé et il s’est accentué, car la participation électorale dépend beaucoup de formes d’intégrations sociales», comme le travail, la famille, qui se construisent beaucoup plus tard aujourd’hui. Ces éléments «ont tendance à favoriser la participation électorale.»

Céline Braconnier met en avant un dernier point influençant l’abstention des jeunes : leur situation au regard de l’inscription électorale. «Cette catégorie d’âge fait partie de celles les plus mal inscrites, aussi bien les jeunes milieux populaires, jeunes cadres etc. En 2017, 40% des jeunes étaient mal inscrits sur des listes électorales», note la politologue. «C’est une jeunesse qui pourrait voter pourtant, ce qui explique également la forte abstention chez les étudiants».

De nombreuses raisons expliquent la forte abstention des jeunes aux élections régionales, mais aussi celle de la population en général. Manque d’information, difficulté à décrypter l’offre et la demande, mais aussi l’intérêt de ces élections, il n’y a pas de solution magique pour remédier à ce désintérêt, préexistant depuis de nombreuses années.

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