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Ateliers didactiques, cantine vegan, dénonciation du patriarcat… Extinction Rebellion investit un pont sur la Seine

REPORTAGE – Le mouvement international de désobéissance civile a pris possession, le temps d’un week-end, d’une passerelle surplombant la Seine. Objectif : sensibiliser la population aux «enjeux de l’urgence climatique». Mais pas seulement.

Aux douze coups de midi, ils sont une petite centaine à s’être rassemblés sur la passerelle Debilly à Paris, qui enjambe la Seine au niveau de la Tour Eiffel. Sous le soleil voilé par d’épais nuages, trois hommes, vêtus de longues robes noires et de perruques blanches, juchés sur des chaises ou des caisses de fortunes, haranguent une foule hétéroclite assise à leurs pieds. Faux avocat, faux juge et faux magistrat, ils font le procès… de la 5G, sous les hourras de l’assistance. «Nous condamnons l’État, la ville de Paris et les entreprises de télécommunication à abandonner la technologie 5G», clame l’un d’eux, dénonçant au passage «le superflu, la surabondance et la surconsommation des objets connectés».

Des militants offrent aux badauds un sketch sur la 5G HM/Le Figaro

Ces trois acteurs sont des militants d’Extinction Rebellion. Le mouvement «apolitique et apartisan de désobéissance civile», comme le décrivent ses membres, s’est installé là le temps d’un week-end, pour une action qui «se veut instructive, festive et régénérante». Baptisé «Canopée», cet événement a été pensé comme «non bloquant». Traduction : les militants ont investi le pont sans le rendre impraticable. Les badauds peuvent donc y circuler et sont même invités à s’y arrêter, pour discuter et se «sensibiliser aux enjeux de l’urgence écologique», comme l’explique Sarah auprès du Figaro.

Animations et ateliers didactiques

Ce samedi, la militante a pour mission d’accueillir et d’aiguiller les promeneurs à l’une des extrémités de la passerelle. La jeune maman, qui est venue avec ses enfants, leur expose les motivations d’Extinction Rebellion. Avec l’objectif affiché de faire adhérer le plus de monde possible à la cause du mouvement. «L’idée, c’est d’être très inclusifs, d’essayer d’avoir le plus de monde avec nous, pour mobiliser», confie-t-elle. «On veut arriver à une masse critique pour construire les solutions de demain ensemble». Tout au long du pont, les curieux sont interpellés par des animations ludiques et bariolées. À droite, une ruche couverte d’abeilles mortes pour dénoncer l’utilisation des insecticides néonicotinoïdes côtoie un cimetière de bidons Total, contre les grands fournisseurs d’énergie. À gauche, un squelette est échoué dans un fauteuil rouge, devant une télévision où sont affichées des images de forêts en feu. Plus loin, un ours en peluche se balance au bout d’une corde accrochée à une potence, pour sensibiliser à la fonte des banquises.

Les militants d’Extinction proposent également à leurs éphémères convives de vivre des expériences inédites. Comme avec cette cage dans laquelle ils sont invités à entrer pour «expérimenter la vie d’un animal en élevage industriel». Ou ces stands qui leur apprennent à fabriquer des bombes à graines «pour revégétaliser près de chez soi» et à s’initier à la permaculture, explique Emelpi, une jeune militante d’Extinction Rebellion.

Les passants peuvent pénétrer dans une cage pour «ressentir» ce que vit un animal en élevage industriel. HM/Le Figaro

De nombreux panneaux didactiques, «se basant vraiment sur des travaux scientifiques», assure Sarah, sont également exposés un peu partout, sur des thèmes aussi divers que variés : la multiplication du plastique dans les océans, la disparition des espèces, la surpêche, mais aussi les «migrations climatiques» ou encore – et même si on est loin de la question climatique – la «vulnérabilité des femmes» face au «patriarcat».

Une cantine «100% vegan et 80% issue de récup’»

Le concept de «Canopée» semble en tout cas ravir les badauds. «C’est une bonne initiative de sensibiliser les gens» à ce genre de sujets, estime Antonin, étudiant de passage à Paris intrigué par le lieu. «Les images sont à la fois percutantes et ludiques, avec des installations artistiques», se réjouit son amie Céline. La jeune femme de 23 ans reconnaît que «le milieu militant peut être un lieu intimidant» mais qu’elle «se sent bien ici». «On dirait qu’ils ont investi le lieu pour qu’on y reste, qu’on se sente à l’aise. Ça donne envie de s’informer plus, d’aller voir leurs événements», ajoute-t-elle. Cette étudiante a notamment été charmée par l’accueil des militants. Une cantine «100% vegan et 80% issue de récup’», avec donation libre, a en effet été installée au beau milieu de la passerelle. Les boissons sont sans alcool, mais militants et promeneurs peuvent s’asseoir sur des bottes de paille disposées en guise de siège, pour échanger autour d’une assiette de salade composée ou de fruits. Le tout rythmé par les annonces régulières d’un militant enjoué, dont le haut-parleur est alimenté par une dynamo arrimée à un vélo.

La cantine d’Extinction Rebellion. HM/Le Figaro
L’énergie nécessaire à la sono est apportée par les badauds et les militants. HM/Le Figaro
Une ambiance bon-enfant, mais avant tout politique

Si l’ambiance demeure bon enfant sur le pont, elle est en revanche résolument plus politique à l’étage inférieur. Sous les voûtes de la passerelle Debilly, tables rondes, formations et ateliers militants sont au programme. En début d’après-midi, hommes et femmes assis en cercle témoignent de leur rapport au «patriarcat», au cours d’un atelier de «sensibilisation à la domination masculine en milieu militant». Plus tard, les volontaires pourront être formés à «la stratégie d’Extinction Rebellion» ou encore «à la justice climatique pour les adolescents». Mais le clou du spectacle s’est tenu en fin de matinée, avec la conférence de Geoffroy de Lagasnerie. Devant une foule acquise à sa cause, le jeune sociologue d’extrême gauche déroule son argumentaire militant, dénonçant pêle-mêle la «logique diabolique de la politique contemporaine», «l’action climatique destructrice du gouvernement», ou encore les bienfaits de «l’action directe» qui est, pour lui, «impactive et créatrice de temps politique».

Le sociologue Geoffroy de Lagasnerie est interrogé par des militants avant de répondre aux questions de la foule. HM/Le Figaro

Moment savoureux : le philosophe s’est même payé le luxe de faire la leçon à Extinction Rebellion, jugeant «trop molles» la «désobéissance civile» et la «non-violence» dont ses militants se revendiquent. Avant de conclure, la veille du premier tour des élections régionales, en appelant à voter pour la candidate LFI à Paris Clémentine Autain. «Tous les autres sont des collabos», a-t-il justifié en souriant. Un «coup de pub» que ne manquera pas d’apprécier le député LFI du Nord Ugo Bernalicis, invité de «Canopée» dimanche en début d’après-midi, aux côtés du directeur de Greenpeace France Jean-François Julliard.

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