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Entre joie, surprise et inquiétude, des familles de prêtres témoignent

TÉMOIGNAGES – Alors que 130 séminaristes s’apprêtent à être ordonnés ce week-end du 26 juin, l’annonce aux familles est toujours un moment délicat.

«Je me rappelle très bien quand il nous l’a annoncé, on était tous en vacances dans la maison de famille : au moment du dessert il nous a dit qu’il avait quelque chose d’important à nous dire et qu’il allait entrer au séminaire.» Même si c’était il y a une vingtaine d’années, Élisabeth s’en souvient très bien. Elle avait alors 20 ans, son grand frère Étienne, 24. Au moment de l’annonce, elle était au milieu de ses études d’ingénieur à Toulouse et ne «s’y attendait pas vraiment». «Même si nos parents nous ont éduqués dans la foi catholique, nous avons tous été baptisés et nous allions à la messe, avoir un frère prêtre, c’était différent.» Aujourd’hui la mère de famille «en est ravie» mais reconnaît que cela n’a pas été si simple au début. «Je me suis demandé pourquoi il faisait cela. Nous étions très proches petits, c’était mon grand frère avec qui on jouait dans le jardin, avec qui on rigolait.» Les questionnements d’Élisabeth sont partagés par beaucoup de fratries dont un des membres est entré dans les ordres.

Cette année, ils sont 130 séminaristes à suivre ce même chemin et à être ordonnés durant les deux derniers week-ends du mois de juin. Pour chacun des 15.000 prêtres en France, l’annonce de la vocation est un moment délicat, anticipée et préparée plusieurs mois avant. Mais pour les familles, que ce soient les parents, les frères ou les sœurs, la nouvelle, parfois prévisible, parfois surprise, vient bouleverser le quotidien et les projets imaginés.

Bouleversement et nouvel équilibre

«On est très heureux mais c’est vrai que la nouvelle nous a chamboulés». Alain et Françoise ont, comme ils le disent, «donné leur fils à l’Église». Parents de trois enfants dont Nicolas, seul garçon de la fratrie, ils avaient imaginé beaucoup de projets pour lui. «C’est vrai qu’on rêvait qu’il devienne écrivain, il aimait tant lire quand il était petit», se souvient Françoise, qui «ne s’imaginait quand même pas déjà grand-mère» mais qui «y avait forcément déjà pensé». Alors oui, elle a pu bercer les enfants de ses filles, «mais ce n’est pas pareil, souffle-t-elle. Un fils est différent.» Son père lui, grand bricoleur, avait imaginé transmettre sa passion à lui et ses futurs petits-enfants. Il pourra le faire, mais pas avec ceux de Nicolas, qui a fait vœu de célibat il y a deux ans. Son entrée au séminaire est venue chambouler «tout un petit monde établi».

Pourtant, les parents ont «vu leur fils changer petit à petit». Pour Françoise, la vocation de son fils n’a pas été une réelle surprise, «j’ai senti que quelque chose se passait dans son cœur», mais tant que rien n’était acté, elle ne «pouvait pas y croire». Alain a compris que leur vie avait changé au moment où il a vu son aîné, allongé au sol en marbre devant l’autel. «Je ne sais pas ce que ça m’a fait mais ça vous renverse». Ils ont vite eu l’occasion de se rendre compte que leur quotidien en serait transformé. S’ils avaient l’habitude de passer les vacances de Noël ensemble dans le Loiret, dans leur maison d’enfance, il manque aujourd’hui toujours Nicolas, qui vit ce moment avec sa paroisse.

«C’est vrai qu’on le voit moins souvent», constate Geoffroy, aîné d’une fratrie de cinq enfants dont le cadet est Thibaut, prêtre parisien depuis près de dix ans. Si maintenant le père de famille habite à Madagascar, loin du reste de la famille qui est à Paris, il reconnaît que la prêtrise de son frère «change quelque chose». «Cela restera à jamais mon frère mais je le vois aussi comme un prêtre, les deux sont indissociables». Il note par exemple que les discussions ne sont pas les mêmes, hors de question désormais de faire des blagues déplacées ! Thibaut est pour son frère une source d’inspiration et de conseils. Il n’hésite pas à lui demander son aide quand il doit prendre une décision. «Peut-être que si mon frère n’était pas prêtre, je ne serais pas parti en mission à Madagascar pour l’association Fidesco.» La présence du religieux dans la fratrie l’a «poussé à se demander comment, lui, pourrait aussi donner sa vie». «C’est une immense chance de l’avoir», conclut-il, en ajoutant éprouver «une réelle fierté d’être son grand frère».

Joies et inquiétudes

«Je suis super heureux, résume Joseph, 24 ans. Je ne vois que des avantages à avoir un frère prêtre.» Avant-dernier de famille, l’étudiant a très vite accepté la vocation de son frère Antoine, juste au-dessus de lui dans la fratrie. Au moment de l’annonce de la nouvelle, Joseph «n’a pas été vraiment surpris» même s’il ne lui «en avait jamais parlé». «On sentait qu’il avait une vraie vie spirituelle à côté.» S’il est encore au séminaire et devrait être ordonné dans bientôt deux ans, Antoine a encore une vraie place dans la fratrie. Sa famille n’hésite pas à lui rendre visite directement à Évron, en Mayenne, où il effectue sa formation de huit ans.

Une joie partagée par Alain et Françoise, même si elle est souvent empreinte d’inquiétudes. «Être prêtre aujourd’hui ce n’est pas facile, se tracassent les parents de Nicolas. On a conscience de toutes les difficultés auxquelles il doit faire face.» Solitude, surmenage, pression, crise des vocations… «En tant que mère, je m’inquiète souvent pour lui, je me demande comment il va, si ce n’est pas trop dur, s’il mange assez… Puis je lâche prise en je me dis qu’il est heureux.» Le quotidien d’un homme d’Église n’est pas de tout repos. «C’est donc important d’être là pour lui, explique Geoffroy, frère de Thibaut. Si mes sœurs n’habitaient pas à Paris, je serais peut-être resté près de lui.» Sans pouvoir se voir souvent, les deux frères se téléphonent une fois par mois. «J’ai toujours plaisir à l’entendre et je reste disponible quand il a besoin de se confier.»

Face aux méfiants et aux insultes, Geoffroy prend la défense de son petit frère «pour le protéger» même si «c’est blessant», notamment sur les questions d’abus sexuels. «Mais je leur réponds fièrement que j’ai un frère prêtre et que ceci est faux.» Être frère ou parents d’un prêtre «c’est aussi le protéger» et «être là pour lui quand il a besoin». Un rôle qu’Élisabeth confirme et a joué plusieurs fois. «Étienne m’a déjà appelée en pleurant parce qu’il n’en pouvait plus, qu’il était épuisé.» Alors c’est à elle de prendre soin de son grand frère. «Après un bon repas, un ciné et une balade, ça va mieux.»

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